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12 mars 1999 – Décès de Yehudi Menuhin violoniste et chef d’orchestre prodige

Yehudi Menuhin, artiste engagé au service des causes humanitaires          Yehudi Menuhin | rhap.so.dy in wordsComme Karajan, Bernstein ou aujourd’hui Pavarotti, Yehudi Moschévitch Menuhin était de ceux sur lequel tout le monde a quelque chose à dire. Ceux qui l’avaient découvert au Grand Echiquier expliquaient à leurs enfants qui était l’homme de 82 ans qui présidait le 9 février dernier les Victoires de la musique classique au palais des Congrès.

Fils unique d’un père russe professeur d’hébreu en Palestine, puis superintendant de la Jewish Education Society à San Francisco, Yehudi Menuhin (1916-1999) est né à New York le 22 avril 1916. A 7 ans, il donne son premier concert avec le San Francisco Orchestra, sous la baguette d’Alfred Hertz, deux ans à peine après avoir commencé à prendre des leçons avec Sigmund Anker, professeur des enfants prodiges.Véronique Chemla: Yehudi Menuhin (1916-1999), violoniste et chef d'orchestreA 9 ans, il confond Jacques Thibaud à l’Opéra de Paris : «Il n’est pas possible qu’un enfant sache ce qu’il sait», dit le grand violoniste français. A 10 ans, il interprète la Symphonie espagnole de Lalo avec l’Orchestre des Concerts Lamoureux. A 11 ans, le 25 novembre 1927, il électrise le Carnegie Hall d’une interprétation de l’exténuant Concerto pour violon de Beethoven avec le New York Symphony Orchestra sous la baguette de Fritz Busch. Le New York Times écrit alors : «Quand l’archet touchait les cordes, il était évident qu’une intelligence et une sensibilité musicale exceptionnelles étaient au service de la performance.» Lorsqu’il reconduit l’événement avec un récital solo quelques jours plus tard, un détachement de policiers doit endiguer la foule qui tente d’envahir le théâtre.

En 1929 à Berlin, il explose dans le Concerto pour violon de Beethoven avec l’orchestre Philharmonique de Berlin sous la baguette de Bruno Walter. Albert Einstein bondit de son siège et fait entrer dans l’histoire le nom du prodige de 13 ans qu’il félicite: «Maintenant, je sais qu’il y a un Dieu au ciel.» Depuis son concert de San Francisco, Yehudi est sous la protection de Sidney Ehrman, avocat et philanthrope qui paie ses dépenses et lui permet d’aller recueillir à Paris l’enseignement du violoniste, compositeur et chef roumain George Enesco. Paris, où Yehudi va également suivre les cours du violoniste allemand Adolf Busch, rencontré à Bâle, et connaître son premier triomphe public avant New York. 9 Things You Didn't Know About Violinist Yehudi Menuhin | WQXR Editorial | WQXR En 1935, sa première tournée mondiale traverse 63 villes : 110 concerts dans des pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie. De quoi aguerrir un interprète adulte. Le jeune Yehudi prend alors de sages distances avec la scène pour retrouver la sensation du violon tuée par l’habitude et la frénésie. En 1937, son retour au Carnegie Hall confirme la profondeur et la prééminence solaire de son jeu. ImageDerrière le virtuose bat le coeur d’un humaniste qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, va donner plus de 500 concerts pour la Croix Rouge et les Alliés. Ce qui lui vaudra maintes décorations de tous pays (France, Belgique, Allemagne, Grèce ») et le Jawaharlal Nehru Peace Award indien pour sa «contribution extraordinaire à la promotion d’une meilleure compréhension internationale, et à une amitié entre les peuples qui passe par le médium de la musique». De fait, de jeunes talents recrutés par sa fondation Live Music Now vont donner de la musique dans les hôpitaux, les églises, les écoles, les prisons et les clubs.France Culture on Twitter: "12 mars 1999 : mort de Yehudi Menuhin. La musique fut une joie qu'il voulut transmettre au monde. L'émission retrace la vie et l'œuvre de ce prodigieux violoniste,En 1951, lors de sa première visite en Israël, l’accueil est des moins chaleureux. On reproche à Menuhin sa main tendue à Furtwängler à Berlin au lendemain de la guerre. Avec le grand chef suspecté à tort de compromission avec le régime nazi, il grave des enregistrements historiques de concertos de Brahms, Beethoven, Mendelssohn et Bartok. Meurtri par les accusations d’irresponsabilité politique, Menuhin disait que c’était «une de (ses) plus belles expériences, l’une des plus brûlantes à tous points de vue. Furtwängler était un musicien de l’intuition [« ] ImageIl était victime de l’indignation du monde parce qu’il n’avait pas quitté l’Allemagne nazie ­ comme si la fuite était une preuve de courage. A cette époque, dans ces années d’après-guerre, les plaies étaient à vif et l’on ne pouvait pas regarder les choses avec les yeux de l’objectivité. Furtwängler et moi-même surestimions probablement le pouvoir de réconciliation que peut avoir la musique».  Yehudi Menuhin's Potent Blend Of Music, Humanism And Politics : Deceptive Cadence : NPREn 1952 sur l’injonction de Nehru, alors Premier ministre de l’Inde qui lui demande «savez-vous au moins vous tenir sur la tête?», Menuhin exécute le poirier pour la première fois en public. L’ouverture musicale suit, le virtuose collaborant au disque et au concert avec le jazzman Stéphane Grappelli ou le joueur de sitar indien Ravi Shankar. Parallèlement, le violoniste commissionne des œuvres à Bloch, Enesco, Vaughan Williams, William Walton, et Bartok lui dédie directement une Sonate pour violon seul. Mais la dextérité commence à s’émousser, et dès 1956, Menuhin fonde le Festival de Gstaad (Suisse) se préparant à sa seconde carrière de chef d’orchestre, effective cinq ans plus tard, avec la création du Festival de Bath.Yehudi Menuhin: Mozart Violin Concertos (Richard Itter Collection) – ICA ClassicsRemarié en 1947 avec la danseuse Diana Gould, il élève ses quatre enfants à Ville-d’Avray, près de Paris, et fréquente ses voisins qui ne sont nuls autres que Jean Rostand et Boris Vian. En 1971, il soutient Soljenitsyne et Rostropovitch à l’Unesco. En 1977, dans un concert qu’il dirigeait à l’Albert Hall de Londres, Menuhin avait créé un moment d’intense émotion en annonçant le premier l’attribution du prix Nobel de la paix à l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International, qu’il soutenait ardemment. Ses engagements politiques étaient plus «risqués» : en 1997, il soutient Roger Garaudy, alors accusé d’antisémitisme.  Fondateur d’une école de musique dans le Surrey, devenu sujet britannique en 1985, Menuhin est anobli deux ans plus tard par la reine Elizabeth II puis est fait baron de Stoke d’Abernon, nom de la localité où se trouve son école en juin 1993.ImageEn 1986, le violoniste était installé solennellement sous la coupole de l’Institut de France à Paris comme membre associé étranger de l’Académie des Beaux-Arts. A cette occasion, il évoquait ses soixante ans d’amour pour la France, décrivant dans un français parfait, un «enchevêtrement de racines puisant dans le sol français et me nourrissant des sources généreuses d’une culture qui m’a comblé par sa langue, sa pensée, sa musique, aussi bien que par ses hommes».The Young Yehudi Menuhin on Spotify A la veille de ses 83 ans qu’il devait fêter le 22 avril, il avait prévu une tournée à la fin de ce mois de six concerts Mozart. Il devait diriger mardi dernier un concert à Berlin à la tête du Sinfonia de Varsovie, avec au programme des œuvres de Mendelssohn et de Brahms, concert annulé en raison de sa maladie. Lord Menuhin, est décédé vendredi à Berlin d’une crise cardiaque provoquée par une bronchite dont il souffrait depuis toujours, a précisé son agent.How did Yehudi Menuhin's interpretations evolve over his lifetime? | Focus | The StradYehudi Menuhin, virtuose et humaniste 

Le 6 février 1927, un violoniste en culottes courtes interprétait la Symphonie Espagnole d’Edouard Lalo, à Paris, salle Gaveau, devant mille cinq cents personnes.C’était, pour le jeune Yehudi Menuhin, alors tout juste âgé de dix ans, le début d’une longue carrière de concertiste et de chef d’orchestre qui allait le conduire au sommet de son art.ImageD’origine ukrainienne, mais né à New-York le 22 avril 1916, le jeune Yehudi, qui se produisit en public dès l’âge de huit ans, fut l’élève des plus grands : Singmund Anker et Louis Persinger à San Francisco, Georges Enesco à Paris, Adolf Busch à Bâle.

Toujours en 1927, il interpréta au Carnegie Hall le concerto de Beethoven avec une maturité et une technique étonnantes qui lui valurent d’être invité par les plus grands orchestres. Il effectua son premier tour du monde en 1935, jouant en duo avec sa sœur Hephzibah, pianiste.ImageAprès une retraite de deux ans en Californie, il mena une brillante carrière internationale jusqu’à sa mort à Berlin, le 12 mars 1999.

Unanimement reconnu, couvert de distinctions dont, en France, celle de Grand Officier de la Légion d’honneur, ennobli en 1993 par la reine d’Angleterre qui le fit Baron Menuhin of Stocke D’Abernon, il resta toute sa vie un homme simple et courtois qui n’hésita pas à payer de sa personne, donnant plus de cinq cents concerts durant la Seconde Guerre mondiale pour soutenir les troupes alliées.

Musicien éclectique, il était ouvert à toutes les formes de cet art. Les téléspectateurs français le virent, lors d’un Grand Echiquier, improviser en duo avec le violoniste de jazz Stéphane Grappelli.

En tant qu’homme, Yehudi Menuhin eut toujours un comportement d’une grande noblesse. C’est ainsi que pour venir en aide au compositeur Bela Bartok, extrêmement démuni à la fin de sa vie et qui refusait tout ce qui apparaissait comme une aumône, il lui commanda une sonate. On le vit jouer pour des réfugiés palestiniens et se déclarer favorable à la création d’un état unique laïc israélo-palestinien, ce qui indisposa Israël, tandis que ses positions en faveur des droits de l’Homme le rendaient indésirable en URSS.

L’héritage de Yehudi Menuhin

Les interprétations de Yehudi Menuhin étaient tantôt enflammées, tantôt austères, mais ne départissent jamais d’une vie intense et d’une profondeur indiscutable. Menuhin donnait toujours l’impression à ceux qui l’écoutaient de leur parler personnellement, de cœur à cœur. Il ne se contentait pas de jouer du violon. Il considérait la musique comme une sorte de prière. Il était convaincu que s’il jouait une partita de Bach à la perfection, il pouvait rendre le monde meilleur.  Son héritage est immense comme en témoignent aujourd’hui la vivacité de ce tout ce que ce visionnaire a créé, du festival de Gstaad au concours de violon pour jeunes artistes en passant par son école de violon pour jeunes prodiges ou encore le projet Live Music now. Yehudi Menuhin s’éteint en 1999 à l’âge de 83 ans lors d’une tournée à Berlin. Il est enterré à Londres non loin de l’école qu’il a fondée.

https://www.liberation.fr/evenement/1999/03/13/yehudi-menuhin-rejoint-stradivarius-le-violoniste-et-chef-d-orchestre-est-mort-vendredi-a-82-ans-yeh_267429/

https://www.rts.ch/info/culture/musiques/9493548-yehudi-menuhin-violoniste-legendaire.html#chap02

  

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