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Rosa Luxemburg toujours vivante, femme libre, symbole de révolte des femmes charismatiques contre l’ordre établi : « La liberté est toujours la liberté de penser autrement. »

La liberté est toujours la liberté de penser autrement.

 Le 15 Janvier 1919 – Rosa Luxemburg est assassinée par le social-Démocrate d’AllemagneImage Rosa, femme libre, juive, polonaise, boiteuse, symbole de révolte des femmes charismatiques contre l’ordre établi : « La liberté est toujours la liberté de penser autrement. »Image « Il y en a qui luttent quelques jours.  Ils sont estimables. Il y en a qui luttent des années.  Ils sont indispensables. Il y en a qui luttent toute leur vie. Ils sont irremplaçables !» Bertolt Brecht

Figure majeure du socialisme allemand, femme de conviction et d’action, Rosa Luxemburg (1871-1919) publia de nombreux articles et initia des révoltes à travers toute l’Allemagne. Tout au long de sa vie, elle se battit pour l’émancipation des peuples et pour son pays d’origine, la Pologne.

Rosa Luxemburg toujours vivanteRosa Luxemburg – LEGGI. STUDIA. – Frasi, pensieri e aforismi dei Grandi del  passatoRosa Luxemburg, figure de la social-démocratie européenne, assassinée par ses anciens camarades de parti.

Cette remarquable petite femme était née en Pologne dans une famille juive. Infirme, allemande par alliance, elle est emprisonnée durant la Première Guerre mondiale, et devint à sa libération l’un des chefs de la révolution socialiste manquée de 1918. Elle fut l’un des grands esprits de l’époque. C’était elle qui avait baptisé les nouveaux socialistes allemands les « Spartakistes« , elle qui observait avec un mélange de joie et de désespoir ce qui se passait en Russie, elle qui écrivit en1919, juste avant d’être assassinée par les Allemands : « La liberté accordée aux seuls partisans du gouvernement, la liberté accordée aux membres d’un seul parti – quel que soit leur nombre – n’est pas une vraie liberté. La liberté sera toujours la liberté pour l’homme qui pense différemment. Cette affirmation n’est pas née d’un amour fanatique pour la justice abstraite, mais de la constatation que tout ce que la liberté politique a d’édifiant, de sain et de purifiant, émane de son caractère indépendant, et que la liberté perd toute vertu dès qu’elle devient un privilège. » »  Spartacus, Rosa : deux noms pour une seule cause, un même cri, un semblable espoir. « C’est en prison, conclut Fast, que je commençai à penser à l’esclave Spartacus et à la raison pour laquelle Rosa l’avait choisi.ImageRosa Luxemburg sortait à peine de prison, pour y revenir bientôt, quand parut, le 27 janvier 1916, la première des dix Lettres de Spartacus qui inaugurèrent le rassemblement des socialistes minoritaires opposés à l’Union sacrée, cet aveuglement chauvin et guerrier où la social-démocratie allemande perdit son âme. Loin de ces froides postures théoriques où la quête du dogme égare l’idéal, le choix de ce symbole, Spartacus, aussi imagé que sensible, était conforme à tout ce dont témoigne, vie et œuvre mêlés, Rosa Luxemburg :la politique entendue comme recherche entêtée du bonheur pour tous, de la fraternité entre égaux, d’une liberté sans partage. Du Spartakisme naîtra le Parti communiste allemand, le KPD, acteur désastreux d’une catastrophe dont le premier acte, l’acte décisif, sans retour ni excuses, fut écrit par les assassins sociaux-démocrates de Rosa, ses propres anciens camarades de Parti. Disparue le 15 janvier 1919, de cette suite sinistre, elle ne sera pas le témoin, et son souvenir n’en est que plus précieux. Elle nous remémore ce qui précède, cette innocence d’avant la chute, cette insurrection contre le malheur qui n’a pas d’âge révolu ni de lieu prédestiné – et qui vaut toujours, plus que jamais.Image« Je suis Spartacus ! »,c’est ce moment où les esclaves se solidarisent avec l’un des leurs, qu’on leur demandait de dénoncer en échange de leur liberté. Oui, nous sommes tous Spartacus, façon de dire cette émotion joyeuse et pure d’une humanité réconciliée avec le meilleur d’elle-même, généreuse et optimiste, résistante et combative. Sous cette invention de dialoguiste se déroule un autre fil secret de cette conspiration de la fidélité dont Rosa est ici la passeuse et Spartacus le sésame loin d’un ressassement morose, aigre ou désolé, la morale qu’il tira de cette épreuve est tout entière dans son « Je suis Spartacus » : l’humanité est exemplaire quand elle lutte pour la justice et l’égalité, repoussant le poids de la fatalité, secouant le joug de la résignation.  Tout comme Rosa Luxemburg est tout entière dans ses mots ultimes, les derniers qu’on lui connaisse de façon certaine puisqu’ils ont été écrits peu avant son arrestation par la soldatesque des corps francs berlinois. « J’étais, je suis, je serai ! » ainsi se termine son dernier article, paru dans Die Rote Fahne le 14 janvier 1919, sous un titre aussi prémonitoire que lucide : « L’ordre règne à Berlin », et conclu par ce bras d’honneur poétique lancé à la face de toutes les peurs, de toutes les terreurs et de tous les pouvoirs qui en font commerce et usage. Si les lettres de Rosa Luxemburg, et notamment ses lettres de prison écrites durant ces années 1914-1918 qu’elle passa pour l’essentiel entre quatre murs, ont rencontré un tel écho depuis leur dévoilement progressif à partir des années 1920, c’est parce qu’on y retrouve intacte l’énergie vitale qui était au secret de son optimisme révolutionnaire. En 1887 déjà, âgée d’à peine dix-sept ans, elle avait décrit à une camarade de classe l’engagement dont, au fond, elle n’a jamais dévié : «Mon idéal est le régime social où l’on pourrait, avec une conscience tranquille, aimer tout le monde. En tendant à ce but et en son nom, je saurai peut-être un jour haïr»  Telle est l’exception Rosa : cette polémiste redoutable, cette intellectuelle aguerrie, cette militante expérimentée, cet « aigle », pour reprendre un mot de Lénine, qu’elle avait réussi à devenir dans la social-démocratie allemande malgré la triple réalité qui l’y cette fraîcheur d’une révolte qu’aucune atmosphère, ambition ou trahison, n’est venue vicier. « J’entends incontestablement rester une idéaliste dans le mouvement », écrit-elle en 1899 à son mentor et amant Leo Jogiches, revendiquant ce qualificatif qu’il lui avait attribué en forme de reproche, lequel « Léo »ne lui survivra que deux mois, assassiné à son tour à Berlin, en mars 1919. Dans son esprit, idéaliste ne signifiait pas rêveur éveillé, loin des contingences et des urgences ; mais plutôt réaliste par exigence de lucidité et de fidélité, dans une cohérence qui lie, indissolublement, les moyens et les fins.ImageRosa, la vie : aussi ne pouvait-on trouver meilleur titre que pour Rosa. Cet hommage est une passion, dans toutes les acceptions de ce mot : non seulement l’émotion amoureuse, qui anime, élève et inspire, mais aussi, au sens latin (patior) tel que l’a prolongé la tradition chrétienne, le souvenir partagé de qui a humainement souffert, enduré et éprouvé en notre nom à tous. Je ne doute pas qu’en nos temps obscurs et incertains, cette œuvre de piété, de fraternité en somme, fera bien plus que de bavardes motions de congrès pour chasser la désolation politique et ranimer la flamme de l’espérance. La vie, donc. La vie, au risque de la perdre en son nom. Rosa, depuis sa prison : « La fraternité universelle des travailleurs est pour moi ce qu’il y a de plus haut et de plus sacré sur terre, c’est mon étoile, mon idéal, ma patrie, je préférerais renoncer à la vie plutôt que d’être infidèle à cet idéal.» Ce romantisme révolutionnaire n’est en rien une naïveté, mais bien plutôt une droiture. Façon, tout simplement, de prendre au sérieux ce que l’on affirme et défend, par la parole ou par l’écriture. Les écrits épistoliers de la prisonnière Rosa Luxemburg ont ceci d’irremplaçable qu’ils donnent à voir et à comprendre la vérité de cette forme d’engagement total pour la cause des opprimés, des exploités et des démunis, à rebours des vulgates conservatrices qui, proliférant de nos jours tel le fumier sur les décombres du communisme réel, assimilent ces choix de vie à des folies criminelles.     ImageMais si ce matériau est unique, c’est aussi parce que ces lettres nous font entendre une conversation entre femmes complices et amies – outre Mathilde Jacob, sa secrétaire, les principales destinataires sont Sonia Liebknecht, la jeune épouse de Karl Liebknecht, l’autre martyr de janvier 1919, et surtout Luise Kautsky, dont l’amitié ne se démentira jamais malgré les désaccords politiques de Rosa avec son mari, Karl. Dès lors, ce que la plume de Rosa nous fait entrevoir, c’est ce que le monde masculin de la politique ne sait pas ordinairement saisir ou assumer, tant il est mutilé et appauvri par son ancestrale domination sexuelle. Rosa Luxemburg confie ses émotions, revendique sa sensibilité, ne cache pas ses larmes – et, non seulement, ce n’est jamais mièvrerie, mais la question ne se pose même pas : pourquoi la politique par idéal, et non par carrière, ne serait-elle pas de sentiment comme de raison ?

Ce que démontre la vie de Rosa, cette combattante inlassable qui, de son vivant, fut portraiturée par la réaction en sorcière sanguinaire, c’est qu’avouer cette perception sentimentale de l’engagement n’est en rien faiblesse ou fragilité, seulement franchise et sincérité. Mieux encore : c’est cet alliage précieux qui lui donne force, confortant une distinction qui la faisait respecter et craindre par ses pairs masculins. Une photo de groupe, prise en 1907 à Stuttgart au congrès de l’Internationale socialiste dont cette polyglotte fut longtemps l’un des piliers au sein du BSI (Bureau socialiste international), la montre seule femme au milieu d’une quarantaine d’hommes, aisément reconnaissable par sa petite taille, sa mise soignée et son élégant chapeau. Jean Jaurès pose à sa droite, et la plupart des hautes figures du socialisme européen sont là, sept ans avant la boucherie inaugurale des catastrophes du siècle passé. En regardant ce cliché et en connaissant la suite des événements, les reniements, les sacrifices et les déchirures, les charniers surtout, comment ne pas penser à cette boutade qui lui vint un jour selon laquelle elle était l’un des derniers hommes de la social-démocratie allemande ? Un homme vrai et véritable, comme l’on dirait, en yiddish, un mentch – l’exact contraire d’un imposteur ou d’un frimeur.The murders of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht – People's World

« Mais il faut bien pourtant que j’aie quelqu’un pour me croire quand je dis que si je virevolte dans le tourbillon de l’Histoire, c’est par erreur, et qu’au fond je suis faite pour garder les oies ». Cette confidence de Rosa à sa chère amie Luise Kautsky n’est pas affèterie, pas plus que cette autre, à Sonia Liebknecht : « Je me sens bien plus chez moi dans un petit bout de jardin comme ici ou dans la campagne, entourée de bourdons et de brins d’herbe, que dans un congrès du parti. […] Vous savez bien qu’au bout du compte, j’espère mourir à mon poste : dans un combat de rue ou au pénitencier. Mais mon moi le plus profond appartient davantage à mes mésanges charbonnières qu’aux camarades ». Loin d’une posture, ces réserves privées, qui démentent l’image publique d’une révolutionnaire taillée d’un seul bloc, laissent entrevoir la douloureuse tension qui anime les résistances logiques, hier comme aujourd’hui. Leur apparente raideur n’est que carapace, réflexe de survie pour protéger cette tendresse qui les meut et qui pourrait, face à l’adversité, leur jouer des tours.

Née en Pologne – dans la partie alors sous domination russe – au sein d’une famille aimante, plutôt cultivée et relativement aisée, brillante étudiante en Suisse à Zurich, notamment dans les disciplines scientifiques, Rosa Luxemburg n’a pas choisi l’engagement socialiste par goût de revanche ou par appétit de pouvoir. Elle y est venue presque naturellement comme l’on se sent requis, convoqué par l’histoire, réclamé par son temps. Toutes les générations militantes du souci du monde et des autres – en d’autres termes, internationalistes et humanistes – ont connu et connaissent ce ressort : le sentiment d’évidence et d’urgence que l’humanité court à sa perte si rien n’est fait pour inverser le cours d’une histoire jusqu’alors menée par les plus forts, les plus riches, les plus avides et les plus égoïstes.  Qui s’engage à corps perdu dans cette voie découvre en chemin ce qu’il risque de mettre en péril d’intime, de cher et de précieux, et s’habitue plus ou moins, bien ou mal, parfois jamais, à vivre avec cette perte. Rosa, elle, ne s’y résigne pas. Elle s’acharne même vaillamment à sauver tout le reste, à ne rien perdre en route, à ne pas séparer la politique de la vie toute entière, malgré la solitude, malgré les privations et les déceptions, malgré les manques et les absences. Sous couvert de sages conseils d’une aînée, les lettres à Sonia Liebknecht, sa cadette, témoignent de ces refrains entêtés qui lui tenaient sans doute lieu de résilience face aux épreuves : « Mais la vie est ainsi, depuis toujours, et tout en fait partie : douleur, séparation et nostalgie. Il faut la prendre comme un tout, et trouver tout beau et bien. […] S’il y a des couleurs et des formes comme celles-là, alors, la vie est belle et digne d’être vécue, n’est ce pas ? […] Dans la vie sociale comme dans la vie privée, on doit tout prendre avec calme, générosité et un petit sourire aux lèvres. »  Si Rosa s’emporte, ici et là, contre cette « maudite politique » qui l’éloigne notamment des joies familiales, elle se refuse à dissocier la politique de la vie. À l’opposé des variantes professionnelles et carriéristes qui assèchent, mutilent et claquemurent, elle l’entend comme curiosité insatiable, appétence vitale et gourmandise terrestre. Musique et littérature, voyages et promenades, cuisine et saisons, achats et coquetteries, etc. : ses lettres sont encombrées de tout cet ordinaire qui tisse la vie quotidienne, petits riens et grandes découvertes, joies et peines mêlées. Mais ce qui y domine, et qui ne laisse pas d’étonner par sa prescience, c’est la nature – plantes, fleurs, animaux. Tout comme son presque contemporain Elisée Reclus, ce géographe libertaire qui, lui aussi, fut la droiture même, Rosa se révèle ici une écologiste avant l’heure. Son naturalisme n’est pas une idéalisation béate, mais une exigence consciente : respect de ce qui existe en soi et dont la beauté est sans pourquoi ; souci de tout ce qui est fragile et, plus encore, fragilisé par l’homme, cette espèce éminemment destructrice. Ici, loin d’éloigner de l’humanité, la sensibilité pour le monde animal en rend plus insistante encore la revendication. Chez Rosa, la compassion est une déclaration de guerre à l’indifférence. Une proclamation de solidarité avec les plus faibles, les plus démunis, les moins protégés.ImageDans une lettre de mai 1917, au détour d’un seul et même paragraphe, elle peut ainsi raconter qu’elle vient de lire un livre sur les causes de la disparition des oiseaux chanteurs en Allemagne. Elle a confié ensuite que « l’idée même d’une disparition silencieuse et inévitable de ces petits êtres sans défense [la] peine au point que les larmes [lui] viennent aux yeux », et enfin ajouter que leur sort lui rappelle une ancienne lecture sur la disparition des Peaux-Rouges en Amérique du Nord, chassés « tout comme les oiseaux » de leur domaine « par l’homme civilisé, et voués à une mort silencieuse et cruelle. » Puis Rosa s’interroge à haute voix, tant ce lien qui, pour elle, va de soi, n’a pas force d’évidence alentour : « Mais je dois être malade pour que tout me bouleverse aussi profondément…J’ai parfois le sentiment de ne pas être un vrai être humain, mais plutôt un oiseau ou quelque autre animal qui aurait très vaguement pris forme humaine. » De cette émotion à vif, ressort d’un engagement vital, témoigne la publiciste en liberté qui, le 1er janvier 1912, bouscule l’année nouvelle par un cri d’alarme sur le sort des pensionnaires de l’asile de nuit de Berlin, ces prolétaires paupérisés, sans-abri jetés à la rue par le chômage ; tout comme en atteste l’épistolière emprisonnée que bouleverse, le 24 décembre 1917, le spectacle d’un buffle blessé, malmené par l’homme, animal martyr devenu son frère en douleur auquel elle s’unit dans une déchirante prière. Des uns à l’autre, des pauvres démunis à la bête souffrante, il n’y pas, chez Rosa, de rupture – même empathie, même émotion, même colère, même révolte.

Critique impitoyable de l’époque, et notamment de ses impostures journalistiques, le Viennois Karl Kraus publia l’ode au buffle dans sa revue, Die Fackel (« Le Flambeau »). Sur ce, réelle ou inventée par ce dramaturge et satiriste, peu importe, une lettre de lectrice fort réactionnaire vint s’indigner dans le numéro suivant : «La Luxemburg aurait sûrement aimé pouvoir prêcher la révolution aux buffles et fonder une république de buffles. […] Eh bien, il y beaucoup de femmes hystériques qui se mêlent volontiers de tout, et voudraient toujours prêcher la haine ; […] il ne faut pas s’étonner qu’une telle femme, qui a si souvent prêché la violence, périsse également par la violence.» « Le communisme, […] que le diable emporte ses méthodes, mais que Dieu le conserve comme une menace constante suspendue au-dessus de la tête de ceux qui possèdent des richesses, de ceux qui, pour les défendre, voudraient envoyer tous les autres au front de la famine et de l’honneur patriotique en les berçant de la consolation que la vie n’est pas le plus précieux des biens. Que Dieu le conserve afin que la canaille, à qui l’insolence fait perdre la tête, ne devienne pas plus insolente encore, afin que la société de ceux qui sont seuls admis aux jouissances ait le sommeil au moins troublé de cauchemars ! »Aucune description de photo disponible.Qu’il s’agisse de Spartacus ou de Rosa, voire de l’idée communiste aujourd’hui, ceux qui dominent et oppriment, exploitent et asservissent, n’ont eu de cesse de bannir les spectres qui les hantent. « Un spectre hante l’Europe – le spectre du communisme » : cette phrase inaugurale du Manifeste de Marx et Engels, en 1848, inscrit le communisme des origines, ébauché dès la Conjuration des Égaux de Gracchus Babeuf, dans une durée bien plus longue que le court XXe siècle qui fut la scène concrète du communisme de pouvoir, d’État, de Parti – et de son échec. En 1993, dans une exégèse réjouissante, manuel de résistance à cette nouvelle intolérance qui proclamait la mort définitive du marxisme, le philosophe Jacques Derrida nous avait offert, avec Spectres de Marx, une déconstruction ravageuse de cet exorcisme en forme de conjuration d’une grande peur où transparaît, comme perle la sueur, l’espoir fébrile que jamais plus le cadavre de Marx ne vienne déranger le Capital, son marché libre et ses profits infinis, bref, son indécent festoiement. Momentanément à contre-courant, mais évidente maintenant qu’une crise historique, sans précédent véritable, aussi bien financière qu’économique, sociale que démocratique, écologique que géopolitique, ébranle les certitudes hégémoniques du système, cette réflexion débusquait la figure du revenant au cœur de l’œuvre de Marx, ce grand lecteur de Shakespeare. Façon de dire qu’au-delà des mots et des noms, des étiquettes et des familles, jamais ne s’achèvera cet éternel retour des opprimés, de leur cause et de leurs rêves.  Or voici qu’en la personne de Rosa Luxemburg, qui fut sans doute l’une des lectrices les plus inventives de Marx, un spectre s’en vient soudain frapper à la porte de notre siècle. En cette année 2009, quatre-vingt-dixième anniversaire de son assassinat, une dépouille desséchée a été retrouvée dans les sous-sols d’un hôpital de Berlin. Conservé dans un cercueil en bois, ce mystérieux cadavre sans tête pourrait être celui de Rosa : c’est en effet celui d’une femme âgée de 40 à 50 ans, souffrant d’arthrose, d’une malformation de la hanche et dont les jambes étaient de longueurs différentes. De couleur grisâtre et dur comme du bois, il n’a ni pieds ni mains, ce qui conforte l’hypothèse, le corps supplicié de Rosa ayant été jeté dans un canal, lesté de pierres pour mieux couler. Apparu au seuil de l’été 1919, le cadavre qui occupe aujourd’hui la tombe de Rosa a toujours intrigué, le compte-rendu d’autopsie avant l’enterrement du 13 juin n’évoquant aucun coup de crosse ou impact de balle, ni ces malformations qui, depuis l’âge de cinq ans, contraignaient Rosa à claudiquer. À l’heure où s’écrivent ces lignes, le mystère reste entier, après que la recherche de traces ADN dans l’herbier de Rosa n’ait, semble-t-il, rien donné, malgré les plus de 250 plantes et fleurs qui s’y trouvent.  Mais c’est ici le symbole qui importe, le retour de ce jeune fantôme comme un signe des temps, de nos temps d’inquiétude et d’espérance, suspendus entre une possible catastrophe et un improbable sursaut. « Comme dans Hamlet, prince d’un État pourri, tout commence par l’apparition du spectre », commentait Derrida. « The time is out of joint », dit Hamlet. « Le temps est hors de ses gonds », traduit le poète Yves Bonnefoy. Et ce temps-là, c’est encore le nôtre, temps de mondialisation et de déréglementation, de chômage et de guerre, d’arrogance des puissants et d’isolement des faibles, temps de futur opaque et de passé obscur, temps détraqué et désarticulé, dérangé et déréglé, en somme un temps devenu fou. « Le monde est à l’envers », propose une autre traduction du théâtre de Shakespeare, tandis que celle d’André Gide ajoute cette autre résonance : « Cette époque est déshonorée ». Lui rendre l’honneur, c’est d’abord la regarder en face, sans ciller, la prendre et l’affronter à la manière de la vie : comme elle vient, ainsi que se le répétait Rosa. Et cela vaut toujours : notre époque n’est ni la première ni la dernière des mises à l’épreuve de l’espérance. Alors, plutôt que de désespérer ou de renoncer, voire de renier, essayons de comprendre et de lutter, de réfléchir et de résister.Aucune description de photo disponible.C’est ce que fit Rosa quand elle-même vécut ce temps hors de ses gonds : « Le monde entier est soudain devenu un asile de fous »,écrit-elle presque incrédule, le 2 août 1914, à son jeune amoureux Costia Zetkin, le fils cadet de son amie Clara. La voici donc traversant cette nuit noire d’août 1914 où son monde s’effondrait, ce socialisme européen, dont l’Allemagne était alors le cœur, qui jusqu’à la dernière minute dénonçait la guerre et appelait à la fraternité, avant de se convertir sans transition ni explication, du jour au lendemain, comme l’on changerait de trottoir, au chauvinisme à outrance. Ironie mordante de Rosa Luxemburg à propos de Karl Kautsky, l’époux de sa tendre amie Luise, hier son allié politique et devenu son principal adversaire : « Une fois corrigé par Kautsky, l’appel historique du Manifeste communiste proclame désormais : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous en temps de paix et tranchez-vous la gorge en temps de guerre ». Donc, aujourd’hui : « A chacun son Russe, à chacun son Français », et demain, une fois la paix conclue : « Étreignez-vous, millions d’hommes, ô baisers de l’univers ! » »Aucune description de photo disponible.Cette lucidité prémonitoire était insupportable aux ralliés et aux convertis, tant elle n’était qu’évidente fidélité à leur propre passé qu’ils s’étaient empressés d’insulter. Il fallait donc la conjurer, comme l’on chasserait un mauvais souvenir. Et c’est ainsi, par ce crime, qu’a commencé la longue catastrophe dont l’ombre portée obscurcit encore, de nos jours, l’horizon de la gauche européenne. Car l’assassinat de Karl Liebknecht – le seul des parlementaires du Reichstag à avoir voté, le 2décembre 1914, contre la deuxième demande de crédits de guerre – et de Rosa Luxemburg ne marque pas seulement la trahison de la révolution allemande de novembre 1918 par des dirigeants sociaux-démocrates ayan pour noms Ebert, Noske et Scheidemann. Il inaugure la série des crimes à venir jusqu’au crime contre l’humanité, et de l’impuissance à les conjurer, une impuissance où pèsera comme un cercueil de plomb l’échec de la révolution socialiste allemande, surdéterminant le poids du communisme russe, et qu’aggravera, évidemment, le grand schisme des gauches, cette division fratricide dont fascisme et nazisme tirèrent profit.Rosa Luxemburg, la donna che credeva nella rivoluzioneSans doute est-ce Sebastian Haffner, auquel on doit l’inoubliable Histoire d’un Allemand, qui a trouvé les mots les plus justes sur ce tournant tragique. Si, pour les contemporains, ce double meurtre ne fut qu’un épisode cruel parmi bien d’autres, « aujourd’hui, écrit-il, on prend conscience, avec une sorte d’horreur, que c’est justement cet acte qui fut l’événement historique de cette période » : « Il a pris l’aura mystérieuse d’un instant aux conséquences incalculables, un peu comme le supplice du Golgotha, passé lui aussi, sur le moment, inaperçu. […] L’assassinat du 15 janvier 1919 fut un prélude, le prélude des milliers de meurtres commis pendant les mois de Noske, des millions de meurtres commis pendant les années d’Hitler. Le signal de tous les autres. » Parmi ces millions de martyrs, la confidente la plus proche de Rosa, Luise Kautsky, née Ronsperger, juive elle aussi, disparue dans un camp de concentration nazi à l’âge de 80 ans, en 1944.

« Ô sombres temps… » Men in Dark Times, c’est ainsi que la philosophe américaine Hannah Arendt avait intitulé son recueil d’essais biographiques, publié en français sous le titre « Vies politiques ». Nul hasard si Rosa Luxemburg y tient le rôle principal, première figure à prendre place dans le panthéon personnel de celle qui s’acharna à penser l’enchaînement qui mena au totalitarisme. Rosa l’exemplaire bien sûr, dont le rayonnement avait marqué l’enfance allemande d’Arendt – « Sa « virilité » est sans exemple dans l’histoire du socialisme allemand », écrit-elle. Mais aussi, sinon surtout, Rosa l’intellectuelle, ambitionnant toujours d’embrasser la totalité de la réalité, sans céder au poids des préjugés, au morcellement des savoirs et à l’aveuglement des dogmatismes – « Sa non-orthodoxie était innocente, non polémique », écrit-elle encore.  C’est la réflexion prophétique de Rosa sur l’impérialisme, dans son maître-ouvrage, « L’Accumulation du capital », paru en 1913, qui inspira chez Arendt la deuxième partie des « Origines du totalitarisme », partie essentielle car charnière d’un raisonnement en trois mouvements, l’impérialisme faisant lien et bascule entre l’antisémitisme et le totalitarisme. « L’impérialisme, écrivait Rosa, ramène la catastrophe, comme mode d’existence, de la périphérie de son champ d’action à son point de départ ». C’est également son inébranlable fermeté sur l’exigence de démocratie, exprimée avec énergie dans ses critiques solidaires de la jeune révolution russe, que l’on retrouve dans la philosophie politique d’Arendt, arc-boutée sur le refus d’une confiscation du pouvoir populaire par des élites, des experts ou des avant-gardes autoproclamés. « Elle ne croyait pas en une victoire où le peuple au sens large n’avait ni part ni voix, écrit Hannah Arendt dans son hommage ; si peu, en vérité, croyait-elle en une prise de pouvoir à tout prix, qu’elle avait beaucoup plus peur d’une révolution déformée que d’une révolution ratée ». Constat auquel fait écho ce saisissant résumé, par Rosa Luxemburg, du défi qui traverse ces imprévisibles sauts de l’ange qu’on nomme révolutions : « L’énergie révolutionnaire la plus impitoyable et l’humanité la plus généreuse, voilà qui inspire le vrai socialisme. Un monde doit être renversé, mais toute larme versée alors qu’elle aurait pu être essuyée est une accusation. »Rosa LuxemburgAinsi on n’en a jamais fini avec Spartacus. Et Rosa est là, éveilleuse et consolatrice, vivante et vaillante, qui indique aux égarés les sentiers de l’espérance, ces trois chemins saccagés ou effacés qu’il nous faudra encore frayer pour empêcher les catastrophes d’un monde qui court aveuglément à sa perte : solidarité internationale, exigence sociale, revendication démocratique. « Rosa Luxemburg vivante » Dans ce monde bancal, Rosa Luxemburg, cette femme qui marchait en boitant, était une des rares personnes à se tenir étonnamment droite.

La réalité impose sa loi à l’homme, lois auxquelles il ne peut échapper que dans les rêves ou dans les états de transe — ou dans la folie. On ne découvre les réponses aux problèmes que lorsque l’on sent qu’ils brûlent et que c’est une question de vie ou de mort de les résoudre. Si rien n’est d’un intérêt brûlant, sa raison et sa faculté critique fonctionnent à un faible niveau d’activité ; il apparaît alors que l’on n’a pas la faculté d’observer. La mesure de la vie, c’est l’amour. Inévitablement, on trouve la réponse dans des femmes organisées et déterminées qui symbolisent et représentent cet amour pour la liberté, des femmes en tant que leadership.

Rosa Luxemburg – Rebelle et visionnaire disait : « La liberté est toujours la liberté de penser autrement. »ImageElle a été l’une des rares femmes actives en politique à une époque où les femmes n’avaient même pas le droit de vote. Elle a obtenu un doctorat en économie à une époque où peu de femmes fréquentaient l’université. Elle n’a pas vécu en tant qu’épouse de quelqu’un, à une époque où cela constituait une provocation extraordinaire. Un être humain qui n’a pas le droit d’exprimer son opinion et d’exprimer ses pensées n’est pas considéré comme un être vivant. Le monde dans lequel l’être humain doit chanter l’hymne de la mort pour prouver ses moindres droits est un monde ignoble, un monde paradoxal.

Rosa, la vie – Un flambeau de la liberté

Fais donc en sorte de rester un être humain, la vérité n’endommage jamais une cause juste.

Si l’étincelle de Rosa Luxemburg, figure emblématique, suscite encore de l’intérêt aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’elle incarne la liberté, tant dans sa vie personnelle que dans son action politique. Elle naît dans le courant des évènements de l’année 1871 et meurt assassinée en 1919 sous le feu de la social-démocratie immorale au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Entre ces deux dates : elle s’engage dans le mouvement révolutionnaire en portant haut les couleurs d’un humanisme antiautoritaire.

Même la prison ne l’empêche pas de se comporter en femme libre. Emprisonnée pour propagande antimilitariste durant la quasi-totalité de la Première Guerre Mondiale, elle en profite pour lire et écrire des textes politiques, mais son goût de l’action, sa passion du travail, son ardeur à transformer le monde font qu’elle s’intéresse aussi à la botanique et à tout ce qui reste vivant malgré le caractère mortifère de la prison. Rusant avec ses geôliers, elle profite des visites qu’elle reçoit pour faire entrer du matériel et des informations, et pour faire sortir des manuscrits. Cette liberté, elle en paie parfois le prix financièrement. Elle démissionne par deux fois de la direction de journaux sociaux-démocrates, un emploi prestigieux et bien rémunéré, pour protester contre la censure dont elle s’estime victime. La liberté, c’est aussi ne pas être entièrement absorbée par la politique et s’intéresser à la peinture et au dessin, pour lequel elle était assez douée d’ailleurs, lire, voir des expositions, aller à l’opéra, s’occuper de sa chatte, écouter les chants des oiseaux ou faire des voyages. Bref, elle s’intéresse à diverses dimensions de l’existence.ImageÀ Berlin, le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg se repose dans sa chambre dans un quartier cossu de Wilmersdorf. Voilà quelques jours qu’elle vit clandestinement dans cet immeuble. Des affiches, collées aux murs de la cité, exigent sa mise à mort. Il est un peu plus de vingt-et-une heure lorsqu’elle entend des soldats. Combien sont-ils ? Qui a pu la dénoncer ? Elle ramasse des livres — dont Faust de Goethe. Les militaires font irruption dans la pièce ; elle se tient debout, sa valise prête. La nuit porte du noir et Luxemburg boite. Elle a toujours boité — trace de tous ces mois qu’elle passa, plâtrée et alitée, lorsqu’elle n’était qu’enfant ? À moins que ce ne soit cette jambe, fichus os, celle qui fut toujours plus courte que l’autre ? Ils l’installent dans une voiture puis roulent en direction de l’hôtel Eden. Karl Liebknecht, camarade et fondateur à ses côtés de la « Ligue Spartakiste », s’y trouve déjà. On la couvre d’injures. Imagine-t-elle que tout s’achèvera bientôt ? Probablement. « L’ordre règne à Berlin », pouvait-on lire la veille dans l’article qu’elle a écrit pour le journal « Die Rote Fahne » [Le drapeau rouge]. Ses mots tenaient solidement sur leurs pieds. Ses mots n’avaient pas l’œil flottant. Ses mots ne claquaient pas des dents.

Le 13 juin 1919, une foule considérable ­accompagne dans les rues de Berlin la ­dépouille d’une femme repêchée le 31 mai et identifiée comme celle de Rosa Luxemburg. Le recueillement populaire se mue en manifestation de masse. C’est la seconde inhumation de cette militante socialiste et théoricienne marxiste puisqu’un cercueil vide à son nom avait été porté en terre le 25 janvier, avec les corps des 32 autres victimes de la répression du soulèvement spartakiste, comme elle, assassinées le 15 janvier.Rosa Luxemburg: The Fearless Radical Who Stood Up To Fascism Anywhere – The  Wisdom DailyPlus d’un siècle après son assassinat, la figure charismatique de la gauche allemande, Rosa Luxemburg polarise toujours dans son pays. Elle apporte la recherche du bonheur de l’être humain, la haine de l’indifférence, un optimisme indéracinable qui ne l’a jamais abandonné.

Lénine (1870 – 1924) a dit : « un aigle peut parfois voler plus bas qu’un poulet, mais un poulet ne peut jamais atteindre les mêmes hauteurs qu’un aigle. Rosa Luxemburg était un aigle. » 

 Une leçon de l’Histoire – Trahison sociale-démocrate à ses principes

Sincèrement, après plus de cent ans, après l’exécution de Rosa Luxembourg, je crois que le cours de l’Histoire aurait été changé si les sociaux-démocrates allemands n’avaient pas égorgé la tête du mouvement progressiste allemand, en particulier Rosa Luxembourg et n’avaient préparé le terrain pour l’avènement du nazisme d’Hitler. Dans ce sens, ils ont une responsabilité énorme envers l’humanité, comme Romain Rolland, grand écrivain français boycotté par la bourgeoisie française ; qui était engagé,  comme Rosa contre la première guerre mondiale, de manière retentissante en publiant une tribune qui fera date,

«Au-dessus de la mêlée», le manifeste pacifiste de Romain Rolland, en 1914.ImageDans cette tribune il appelle à la paix, à la désescalade, à la fin pure et simple des affrontements entre les nations européennes qui condamnent les jeunes générations. Il dénonce les formes de chauvinisme batailleur. Un jour, l’histoire fera le compte de chacune des nations en guerre ; elle pèsera leur somme d’erreurs, de mensonges et de folies haineuses. Tâchons que devant elle la nôtre soit légère !

Romain Rolland a continué :

Osons dire la vérité aux aînés de ces jeunes gens, à leurs guides moraux (…). Quoi ! Vous aviez, dans les mains, de telles richesses vivantes, ces trésors d’héroïsme ! À quoi les dépensez-vous ? Cette jeunesse avide de se sacrifier, quel but avez-vous offert à son dévouement magnanime ? L’égorgement mutuel de ces jeunes héros !Nehru aussi a averti  Le 14 novembre 1938 [Voir un « autre » regard sur l’Histoire du Monde]

« Le monde en conflit. – L’Europe et le Pacifique sont aujourd’hui les deux grandes scènes de conflit, et dans ces deux grandes régions un fascisme agressif cherche à écraser la démocratie et la liberté et à dominer le monde. Une sorte d’internationale fasciste s’est développée qui non seulement mène des guerres ouvertes, bien que non déclarées, mais qui intrigue toujours dans divers pays et fomente des troubles afin de lui donner l’occasion d’intervenir. Il y a une glorification ouverte de la guerre et de la violence, ainsi qu’une propagande d’une ampleur sans précédent. Sous le couvert du slogan de l’anticommunisme, il fait avancer ses desseins impérialistes, bien que le communisme international ne soit nulle part du côté de l’agressif, et soit du côté de la paix mondiale et de la démocratie depuis de nombreuses années. Aux États-Unis d’Amérique, il y a eu des complots et des procès nazis. En France, en décembre 1937, une conspiration contre la République est découverte. Cela a été organisé par les Cagoulards, ou les hommes cagoulés comme on les appelait, aidés par des fournisseurs d’armes d’Allemagne et d’Italie. Des attentats à la bombe et des meurtres ont été commis par ces hommes. En Angleterre, des groupes importants influencent la politique étrangère britannique dans une direction fasciste.              969        970ImageCe fascisme international n’est pas seulement l’impérialisme dans sa forme la plus extrême, mais, comme au Moyen Âge, il a produit des conflits religieux et raciaux. En Allemagne, l’Église catholique et les protestants sont supprimés. En Allemagne aussi, et dernièrement en Italie, l’idée de race est glorifiée, et les juifs, et même les descendants des juifs, sont éliminés avec une férocité scientifique et de sang-froid qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Au début de novembre 1938, un jeune juif polonais, affolé par la cruelle persécution de sa race, assassina un diplomate allemand à Paris. C’était l’acte d’un individu, mais il a été immédiatement suivi d’un règne de terreur officiel et organisé en Allemagne contre toute la population juive. Chaque synagogue du pays a été incendiée ; Les magasins juifs ont été détruits par des pillages à grande échelle ; il y a eu d’innombrables agressions brutales contre des hommes et des femmes dans les rues publiques et à l’intérieur des maisons. Tout cela a été justifié par les dirigeants nazis et, en plus de cela, une amende de 80 000 000 £ a été infligée aux Juifs d’Allemagne.

Des suicides, des vols, un exode puissant de personnes tristes, sans défense, sans abri, avec la douleur immémoriale des âges qui les emporte, marchant en processions sans fin vers – où ? Le monde est plein de réfugiés, aujourd’hui – Juifs, sociaux-démocrates allemands des Sudètes, paysans espagnols des territoires franquistes, Chinois, Abyssins. Ce sont des fruits amers du nazisme et du fascisme. Le monde halète d’horreur et de nombreuses organisations sont formées pour aider les réfugiés. Et pourtant, la politique que poursuivent les soi-disant gouvernements démocratiques d’Angleterre et de France est une politique d’amitié et de coopération avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, et donc ils encouragent le terrorisme fasciste et la destruction de la civilisation et de la décence, et la conversion de centaines de milliers de personnes d’êtres humains en réfugiés sans domicile ni pays. Si c’est ce que représentent les puissances fascistes aujourd’hui, « sûrement », comme le dit Gandhi, « il ne peut y avoir d’alliance avec l’Allemagne. Comment peut-il y avoir alliance entre une nation qui prétend défendre la justice et la démocratie, et une qui est l’ennemi déclaré des deux?

Ou l’Angleterre dérive-t-elle vers la dictature armée et tout ce que cela signifie ? » Aufgeschlagenes Buch: Vorder- und Rückseite der mit großen Lettern geprägten, in grobes Leinen gebundenen Hardcover-Edition: „Rosa Luxemburg – Briefe aus dem Gefängnis“Si l’Angleterre et la France sont devenues les apologistes et les défenseurs des puissances fascistes, il n’est pas surprenant que les petits États d’Europe centrale et du sud-est tombent complètement dans l’orbite fasciste. En fait, ils se développent rapidement pour devenir les États vassaux du fascisme, avec l’Allemagne nazie comme facteur dominant. Ainsi l’Italie a été repoussée par l’Allemagne, et n’est plus maintenant qu’un partenaire junior dans la moissonneuse-batteuse fasciste. L’Allemagne et l’Italie réclament une expansion coloniale, mais le véritable rêve de l’Allemagne est une extension vers l’Est, à l’Ukraine et à l’Union soviétique. Et l’Angleterre et la France sont susceptibles d’encourager ce rêve dans la vaine conviction que cela pourrait les aider à sauver leurs propres biens. »      971

[Réf : Nehru – Un « autre » regard sur l’Histoire du monde ]

L’immobilisme total de la bourgeoisie et surtout la politique complaisante franco-anglaise avec le nazisme nous ont conduits vers l’enfer de la 2ème Guerre Mondiale.ll23_bSi les dirigeants politiques de l’époque , surtout les gouvernants anglais et français, avaient écouté les gens sages et visionnaires, comme Rosa Luxembourg et Romain Rolland et bien d’autres,  le cours de l’Histoire aurait changé. Seule la volonté de l’industrie d’armement et des profits personnels ont favorisé la 1ère guerre mondiale et plus tard à la 2ème guerre mondiale.. Aucune vision pour l’Humanité n’a guidé les choix politiques. C’est une leçon essentielle pour les générations futures.

Principales œuvres :ImageRéforme sociale ou Révolution ? (1898-1899)    

Masse et chefs (1903)    

Centralisme et démocratie (1904)    

Grève de masse, Parti et syndicat (1906)    

L’Accumulation du capital (1913)    

La crise de la social-démocratie (1915)    

La Révolution russe (1918)Image

http://www.toupie.org/Biographies/Luxemburg.htm

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