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21 février 1677 – Spinoza, l’un des premiers grands philosophes de l’époque moderne

Spinoza: A Complete Guide to Life - YouTubeComment peut-on vivre heureux si la liberté n’est qu’une chimère ?ImagePhilosophe Baruch Spinoza (1632-1677)Spinoza : Ethique (0), bd chez Dunod de AmadorBaruch Spinoza (1632-1677) est un philosophe néerlandais du 17ème siècle. Il prend ses distances vis-à-vis du judaïsme et est ainsi excommunié. Il gagne sa vie en taillant et polissant des verres pour les lunettes et les microscopes. Face à la censure, et aux risques encourus, il renonce à publier son œuvre principale, l’Ethique, de son vivant. Celle-ci ne sera publiée qu’à sa mort, avec deux autres ouvrages : le Traité de la Réforme de l’Entendement et le Traité politique.

Tout commence, chez Hegel (1770-1831), par une reconnaissance : il y a dans la philosophie de Spinoza quelque chose d’exceptionnel et d’inéluctable. « Spinoza constitue un tel point crucial pour la philosophie moderne qu’on peut dire en fait qu’on a le choix entre le spinozisme ou pas de philosophie du tout »Comment peut-on vivre heureux si la liberté n’est qu’une chimère ? Spinoza n’a pas seulement tenté de résoudre ce paradoxe de façon théorique : son existence en est comme la matérialisation. Banni à 23 ans de la communauté juive d’Amsterdam pour des écrits jugés hérétiques, il est victime d’une tentative d’assassinat et se réfugie à La Haye, où il doit gagner sa vie comme polisseur de lentilles optiques. Par précaution, seules deux de ses œuvres seront publiées de son vivant : un commentaire de Descartes et le Traité théologico-politique, rapidement interdit. Mais malgré ces revers, rien n’a semblé décourager celui que l’on surnomme parfois le « philosophe de la joie ». Dans l’Éthique, son œuvre principale, Spinoza place le désir, ou conatus, au fondement de tout : « Chaque chose s’efforce de persévérer dans son être. » La loi fondamentale de la vie, c’est la croissance, ou augmentation de la puissance d’agir, seule vertu à même de procurer du bonheur. Pour Spinoza, il n’y a pas de Bien ni de Mal, seulement du bon et du mauvais : le bon accroît notre conatus, le mal le rétrécit.The Philosophy of Spinoza: de Spinoza, Benedictus: 9781647990749: Amazon.com: Books La raison humaine est cet outil de guidage qui doit nous permettre de choisir les éléments avec lesquels nous entrons en harmonie et qui nous rendent par là-même joyeux. Si le philosophe a tant choqué en son temps, c’est qu’il ne raisonne pas en termes de transcendance ni de valeurs, mais de mécanismes affectifs. Selon lui, tous les êtres sont des corps qui reçoivent et transmettent des affects à d’autres corps (bénéfiques ou néfastes). La nature est comme un immense canevas où ces forces opèrent : les objets et les êtres vivants sont pris dans un entrelacs de liens indissociables, que la raison doit nous apprendre à décrypter. Nous pensons être libres, mais nous sommes en fait agis par des motifs invisibles. Illusion suprême, la liberté n’est que « l’ignorance des causes qui nous déterminent » (Lettre à Schueller). Penseur déterministe, Spinoza assure que « l’homme n’est pas un empire dans un empire ». Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas accordé aux humains le libre-arbitre ? Nouvelle transgression : parce que Dieu n’est pas extérieur à la Nature, selon Spinoza. Dieu forme en fait une seule et même chose avec elle (Deus sive Natura, « Dieu, ou encore la Nature ») et n’a donc pas de qualités propres (comme la bonté ou la puissance). Pour Spinoza, le monde n’est fait que d’une seule substance (la Nature), qui se décline sous une infinité de variations (les « attributs » de cette substance, qui en constituent l’essence). Baruch Spinoza ; la politique et la liberté - Alain Billecoq - Reseau Canope - Grand format - Librairie l'Arbre à lettres PARISL’esprit et la matière ne font qu’un. Spinoza est ainsi l’un des premiers penseurs à défendre une conception moniste du monde, où tout peut être réduit à un principe unique (par opposition au dualisme cartésien distinguant l’âme du corps). Une idée sulfureuse qui alimentera les soupçons d’athéisme à son encontre. Spinoza prolonge sa réflexion sur les affects et la liberté dans deux Traités consacrés à la politique. Il devient le premier penseur occidental à imaginer un État de droit fondé sur la séparation des pouvoirs politiques et religieux, garantissant la liberté de conscience et d’expression des individus. La puissance d’agir de chacun doit pouvoir s’exprimer collectivement, dans un système politique qui favorise l’épanouissement du plus grand nombre (ou « multitude »). Spinoza s’érige ainsi contre l’arbitraire des tyrans et les manigances des clercs, qui alimentent les passions tristes des humains pour mieux les garder sous leur joug. Le philosophe est emporté par la tuberculose à 44 ans, alors qu’il entame l’écriture de l’article « Démocratie » de son Traité politique.The Philosophy of Baruch Spinoza – Literary Theory and CriticismÀ propos de l’Éthique, son œuvre principaleundefinedL’Ethique de Spinoza n’est publiée qu’à sa mort, en 1677, pour éviter la censure. Ce livre est d’ailleurs interdit dès l’année suivante. Il y développe ses idées à la façon des mathématiciens (en faisant s’enchaîner des propositions rigoureusement déduites les unes des autres). Dieu, la liberté, les passions, sont examinés tour à tour, pour élaborer une nouvelle définition du sage.Spinoza : éthique - de la vérité au bonheur : Philippe Amador - 2100810561 | CulturaLivre I : De Dieu

Dans l’Ethique, Spinoza, fasciné par la rigueur et la clarté du modèle mathématique, se donne pour visée d’appliquer la méthode géométrique à la philosophie. On sait que cette méthode procède par définitions, axiomes, puis s’élève de propositions en propositions rigoureusement déduites les unes des autres jusqu’à atteindre la vérité à démontrer.

Livre II : de l’Esprit « Nul ne sait ce que peut le corps »Ethics: Spinoza, Benedict de, Elwes, R. H. M.: 9781516865963: Books - Amazon.caIci encore, Spinoza commence par poser des définitions et des axiomes.  On relèvera la définition spinoziste du corps : « par corps, j’entends une manière qui exprime, de manière précise et déterminée, l’essence de Dieu en tant qu’on la considère comme chose étendue ».  Elle s’inspire de la définition cartésienne du corps comme chose étendue que l’on trouve dans les Méditations Métaphysiques, qui s’oppose à l’esprit considéré comme chose pensante. Néanmoins chez Spinoza, ces deux attributs caractérisent Dieu, ou la nature : « la Pensée est un attribut de Dieu, autrement dit Dieu est chose pensante » et « l’étendue est un attribut de Dieu, autrement dit Dieu est chose étendue».

Livre III : des affects « Le Désir est l’essence même de l’homme »ImageLes affects désignent les passions et désirs humains. Ce serait une erreur de considérer qu’ils sont contre-nature. Au contraire puisque tout procède nécessairement de la substance divine, tout est naturel : « pour la plupart, ceux qui ont écrit des affects semblent traiter, non de choses naturelles qui suivent les lois communes de la nature, mais de choses qui sont hors de la nature. On dirait même qu’ils conçoivent l’homme dans la nature comme un empire dans un empire. Car ils croient que l’homme perturbe l’ordre de la nature plutôt qu’il ne le suit ». C’est là une profonde erreur, au contraire « rien ne se fait dans la nature que l’on puisse attribuer à un vice de celle-ci ; car la nature est toujours la même, et a partout une seule et même vertu et puissance d’agir »

Livre IV : de la servitude humaine ou : des forces des affects  undefinedLa servitude désigne l’impuissance de l’homme à maîtriser ou contrarier les affects. Spinoza consacre ce livre à l’étude de ce phénomène, ainsi qu’à l’étude de ce qu’ont les affects de bien et de mal.  Spinoza commence par examiner l’origine de la formation en nous des concepts de perfection, de bien et de mal.L'éthique (Spinoza) | Ebook epub, pdf, Kindle à télécharger | Arvensa EditionsLivre V : de la puissance de l’intellect, autrement dit, de la liberté humaine undefinedCe livre se consacre « à l’autre partie de l’Ethique, qui porte sur la manière ou voie qui mène à la liberté ». Spinoza a montré la puissance des affects : à la différence de ce que pensaient les stoïciens, on n’a pas sur nos affects « un empire absolu ». Spinoza critique la théorie cartésienne de la glande pinéale et des esprits animaux, telle que Descartes la développe dans les Passions de l’âme. Ce n’est donc pas dans le libre-arbitre cartésien que se situe la réelle liberté de l’homme. C’est ailleurs qu’il faut chercher la manière dont on peut se libérer, de la puissance des affects….Why Was Spinoza Excommunicated? Congregation Beth IsraelSpinoza conclut l’Ethique en distinguant le sage de l’ignorant : « D’où il appert combien le Sage est fort et vaut mieux que l’ignorant, qui agit par le seul appétit lubrique. L’ignorant en effet, outre que les causes extérieures l’agitent de bien des manières, et que jamais il ne possède la vraie satisfaction de l’âme, vit en outre presque inconscient et de soi, et de Dieu, et des choses, et dès qu’il cesse de pâtir, aussitôt il cesse aussi d’être ». Tandis que le Sage « conscient de soi, et de Dieu, et des choses avec une certaine nécessité éternelle, jamais il ne cesse d’être ».

Philosophe Baruch Spinoza (1632-1677)undefinedBento (en hébreu, Baruch ; en latin, Benedictus) Spinoza est l’un des philosophes les plus importants – et certainement le plus radical – de l’époque moderne. Sa pensée combine un engagement envers un certain nombre de principes métaphysiques et épistémologiques cartésiens avec des éléments de l’ancien stoïcisme, de Hobbes et du rationalisme juif médiéval dans un système néanmoins très original. Ses vues extrêmement naturalistes sur Dieu, le monde, l’être humain et la connaissance servent à fonder une philosophie morale centrée sur le contrôle des passions menant à la vertu et au bonheur. Ils jettent également les bases d’une pensée politique fortement démocratique et d’une critique profonde des prétentions de l’Écriture et de la religion sectaire. De tous les philosophes du XVIIe siècle, Spinoza est parmi les plus pertinents aujourd’hui.

ÉthiqueundefinedL’éthique est une œuvre ambitieuse et multiforme. Elle est aussi audacieuse jusqu’à l’audace, comme on pourrait s’y attendre d’une critique systématique et impitoyable des conceptions philosophiques et théologiques traditionnelles de Dieu, de l’être humain et de l’univers, d’autant plus que celles-ci servent de fondement aux grandes religions organisées et leurs règles morales et cérémonielles. Ce que Spinoza entend démontrer (au sens le plus fort de ce mot), c’est la vérité sur Dieu, la nature et surtout nous-mêmes, et les principes les plus certains et les plus utiles de la société, de la religion et de la vie bonne. Malgré la grande quantité de métaphysique, de physique, d’anthropologie et de psychologie qui occupent les parties un à trois, Spinoza a considéré que le message crucial de l’œuvre était de nature éthique. Elle consiste à montrer que notre bonheur et notre bien-être ne résident pas dans une vie asservie aux passions et aux biens éphémères que nous poursuivons d’ordinaire, ni dans l’attachement irréfléchi connexe aux superstitions qui passent pour de la religion, mais plutôt dans la vie de la raison. . Pour clarifier et étayer ces conclusions largement éthiques, cependant, Spinoza doit d’abord démystifier l’univers et le montrer tel qu’il est réellement. Cela nécessite de poser quelques fondements métaphysiques, le projet de la première partie.

ConnaissancesL’esprit humain, comme Dieu, contient des idées. Certaines de ces idées – images sensorielles, « sentiments » qualitatifs (comme les douleurs et les plaisirs), données perceptives – et figements de l’imagination sont des phénomènes qualitatifs imprécis, étant l’expression dans la pensée d’états du corps tel qu’il est affecté par les corps. l’entourant. De telles idées ne transmettent pas une connaissance adéquate et vraie du monde, mais seulement une image relative, partielle et subjective de la façon dont les choses semblent actuellement être pour celui qui les perçoit. Il n’y a pas d’ordre systématique dans ces perceptions, ni d’oubli critique par la raison. Image« Tant que l’Esprit humain perçoit les choses d’après l’ordre commun de la nature, il n’a pas une connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée de lui-même, de son propre Corps et des corps extérieurs » (IIp29c). Dans de telles circonstances, nous sommes simplement déterminés dans nos idées par notre rencontre fortuite et fortuite avec les choses du monde extérieur. Cette connaissance superficielle ne nous fournira jamais la connaissance de l’essence de ces choses. En fait, c’est une source invariable de mensonges et d’erreurs. Cette « connaissance par expérience aléatoire » est aussi à l’origine de grands délires, puisque nous – nous croyant libres – ignorons, dans notre ignorance, à quel point nous sont déterminées par les causes.

Les idées adéquates, au contraire, se forment d’une manière rationnelle et ordonnée, et sont nécessairement vraies et révélatrices de l’essence des choses. La « raison », le deuxième type de connaissance (après « l’expérience aléatoire »), est l’appréhension de l’essence d’une chose par une procédure discursive et inférentielle. « Une idée vraie ne signifie rien d’autre que connaître une chose parfaitement, ou de la meilleure façon » (IIp43s). Cela implique de saisir les connexions causales et conceptuelles d’une chose non seulement avec d’autres objets mais, plus important encore, avec les attributs de Dieu, les modes infinis (les lois de la nature) qui en découlent immédiatement, et les « notions communes » qui sélectionnent les caractéristiques présent dans tous les modes d’un attribut. undefinedL’idée adéquate d’une chose situe clairement et distinctement son objet dans l’ensemble de ses liens causaux et de ses relations conceptuelles, et montre non seulement que c’est, mais ce que c’est et comment et pourquoi c’est. La personne qui connaît vraiment une chose voit les raisons pour lesquelles la chose a été déterminée comme telle et n’aurait pas pu être autrement. « Il est dans la nature de la Raison de considérer les choses comme nécessaires, non comme contingentes » (IIp44). La croyance qu’une chose est accidentelle ou spontanée ne peut se fonder que sur une compréhension insuffisante de l’explication causale de la chose, sur une familiarité partielle et « mutilée » avec elle. Percevoir au moyen d’idées adéquates, c’est percevoir la nécessité inhérente à la Nature.

L’expérience sensorielle seule ne pourrait jamais fournir l’information véhiculée par une idée adéquate. Les sens ne présentent les choses que telles qu’elles apparaissent dans une perspective donnée à un moment donné. Une idée adéquate, au contraire, en montrant comment une chose découle nécessairement de l’un ou l’autre des attributs de Dieu, la présente sous ses aspects « éternels » — sub specie aeternitatis., comme le dit Spinoza – sans aucun rapport avec le temps. « Il est dans la nature de la Raison de considérer les choses comme nécessaires et non comme contingentes. Et la Raison perçoit cette nécessité des choses véritablement, c’est-à-dire telle qu’elle est en elle-même. Mais cette nécessité des choses est la nécessité même de la nature éternelle de Dieu. Il est donc de la nature de la Raison de considérer les choses sous cette espèce d’éternité » (IIp44). Le troisième type de connaissance, l’intuition, prend ce qui est connu par la Raison et le saisit en un seul acte perspicace de l’esprit.

La conception spinoziste de la connaissance adéquate révèle un optimisme sans égal dans les pouvoirs cognitifs de l’être humain. Même Descartes ne croyait pas que nous pouvions connaître toute la Nature et ses secrets les plus intimes avec le degré de profondeur et de certitude que Spinoza pensait possible. Plus remarquablement, parce que Spinoza pensait que la connaissance adéquate de tout objet, et de la Nature dans son ensemble, implique une connaissance de l’essence de Dieu et de la façon dont les choses se rapportent à Dieu et à ses attributs, il n’avait également aucun scrupule à affirmer que nous pouvons, à au moins en principe, connaître Dieu parfaitement et adéquatement. « La connaissance de l’essence éternelle et infinie de Dieu que chaque idée implique est adéquate et parfaite » (IIp46). « L’Esprit humain a une connaissance adéquate de l’essence éternelle et infinie de Dieu » (IIp47). Aucun autre philosophe dans l’histoire n’a voulu faire cette affirmation.

« Qui a une idée vraie sait en même temps qu’il a une idée vraie et ne peut douter de la vérité́ de sa connaissance »undefined

https://www.les-philosophes.fr/auteur-spinoza.html

https://www.philomag.com/philosophes/baruch-spinoza

https://www.les-philosophes.fr/spinoza/livres-achat/spinoza-ethique.html

https://plato.stanford.edu/entries/spinoza/

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